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Correspondance

Extrait de "Quand souffle le vent du Nord" (source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-souffle-le-vent-du-nord-par-daniel-glattauer_886581.html)

 

15 janvier

Objet : Résiliation

J'aimerais résilier mon abonnement. Puis-je m'y prendre ainsi ? Cordialement, E. Rothner.

18 jours plus tard

Objet : Résiliation

Je veux résilier mon abonnement. Est-il possible de le faire par mail ? Merci de me répondre au plus vite.

Cordialement, E. Rothner.

33 jours plus tard

Objet : Résiliation

Chère Madame, cher Monsieur des publications Like, si votre mépris souverain envers mes tentatives de résiliation a pour but d'écouler plus d'exemplaires de votre produit, d'un niveau hélas toujours plus mauvais, je dois malheureusement vous faire part de ma décision : je ne paierai plus !

Cordialement, E. Rothner.

8 minutes plus tard

RÉP :

Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier. Mon adresse : woerter@leike.com. Celle dont vous avez besoin : woerter@ like. com. Vous êtes déjà la troisième personne à m'envoyer une demande de résiliation. Le magazine doit être devenu vraiment mauvais.

Cinq minutes plus tard

RE :

Oh, pardon ! Et merci pour ces explications. Bien à vous, E.R.

Neuf mois plus tard

Pas d'objet

Joyeux Noël et bonne année de la part d'Emmi Rothner.

Deux minutes plus tard

RÉP :

Chère Emmi Rothner, nous ne nous connaissons pour ainsi dire pas du tout. Cependant, je vous remercie pour votre sincère et si original mail groupé ! Il faut que vous le sachiez : j'aime les mails groupés destinés à un groupe auquel je n'appartiens pas. Sincères salutations, Leo Leike.

18 minutes plus tard

RE :

Veuillez excuser mon harcèlement épistolaire, Monsieur "sincères salutations" Leike. Vous vous êtes glissé par erreur dans mon fichier clients car, il y a quelques mois, j'ai utilisé sans le vouloir votre adresse mail pour résilier un abonnement. Je vais l'effacer tout de suite.

PS : Si pour souhaiter "un joyeux Noël et une bonne année" vous trouvez une formule plus originale que "joyeux Noël et bonne année", n'hésitez pas à me le faire savoir. En attendant : joyeux Noël et bonne année ! E. Rothner.

Six minutes plus tard

RÉP :

Je vous souhaite d'agréables fêtes et espère de tout coeur que cette nouvelle année qui commence comptera parmi vos 80 meilleures. Et si entre-temps vous vous abonnez aux ennuis, n'hésitez pas à m'envoyer - par erreur - une demande de résiliation. Leo Leike.

Trois minutes plus tard

RE :

Suis impressionnée ! Bises, E.R.

38 jours plus tard

Objet : Pas un euro !

Très chère direction de Like, je me suis séparée de votre magazine trois fois par écrit et deux fois par téléphone (auprès d'une certaine Mme Hahn). Puisque vous persistez malgré tout à m'envoyer ce journal, je considère que cela vous fait plaisir. Quant à la demande de paiement de 186 euros, je serai ravie de la conserver en souvenir de Like quand, enfin, je ne recevrai plus aucun numéro. Mais ne comptez pas sur moi pour payer le moindre euro. Avec l'expression de ma considération distinguée, E. Rothner.

Deux heures plus tard

RÉP :

Chère madame Rothner, le faites-vous exprès ? Ou êtes-vous abonnée aux ennuis ? Sincères salutations, Leo Leike.

15 minutes plus tard

RE :

Cher monsieur Leike, je suis confuse. Je souffre malheureusement d'une maladie chronique du "Ei", c'est-à-dire du "E" avant le "I". Quand j'écris vite et qu'un "I" doit suivre, un "E" se glisse toujours dans mon mot. A tel point que mes majeurs se font la guerre sur le clavier. Le gauche veut toujours aller plus vite que le droit. Il faut dire que je suis une gauchère contrariée. La main gauche ne me l'a pas pardonné. Le bout de son majeur glisse toujours un "E" dans le mot avant que la main droite ne puisse placer un "I". Veuillez excuser ce harcèlement, cela n'arrivera (probablement) plus. Bonne fin de soirée, E. Rothner.

Quatre minutes plus tard

RÉP :

Chère madame Rothner, puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire le mail qui expose votre maladie du "Ei" ? Bises, Leo Leike.

Trois minutes plus tard

RE :

Deux questions pour vous répondre : combien de temps selon vos estimations ? Et pourquoi cette question ?

Huit minutes plus tard

RÉP :

Selon mes estimations, cela ne vous a pas pris plus de vingt secondes. Si c'est le cas, je vous félicite : en si peu de temps, vous avez réussi un message impeccable. Il m'a fait sourire. Et ce soir, rien ni personne d'autre n'y serait arrivé. En ce qui concerne votre deuxième question, pourquoi je vous demande cela : je travaille actuellement sur le langage dans les mails. Et maintenant je vous repose ma question : pas plus de vingt secondes, je me trompe ?

Trois minutes plus tard

RE :

Tiens tiens, vous travaillez sur les mails. Ça a l'air passionnant, et j'ai maintenant un peu l'impression d'être un cobaye. Mais tant pis. Avez-vous un site internet ? Si non, en voulez-vous un ? Si oui, en voulez-vous un plus joli ? Je travaille en effet sur les sites internet. (Jusqu'ici, il m'a fallu exactement dix secondes, je me suis interrompue mais c'était pour une discussion professionnelle, ça va toujours très vite.)

Vous vous êtes malheureusement complètement trompé dans vos estimations en ce qui concerne mon banal mail sur la maladie du "E" avant le "I". Il m'a bien coûté trois minutes de mon temps. Et à quoi cela a-t-il servi ? Il y a quand même quelque chose qui m'intéresse : pourquoi avez-vous supposé qu'il ne m'avait fallu que vingt secondes pour écrire mon mail ? Et, avant de vous laisser à jamais en paix (à moins que les publications Like ne m'envoient encore une demande de paiement), je voudrais savoir autre chose. Vous écrivez : "puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu... etc. ?" J'ai deux questions là-dessus. La première : combien de temps vous a-t-il fallu pour trouver cette blague ? La seconde : c'est ça votre humour ?

Une demi-heure plus tard

RÉP :

Chère et inconnue madame Rothner, je vous répondrai demain. Là, j'éteins mon ordinateur. Bonne soirée, bonne nuit, ça dépend. Leo Leike.

Quatre jours plus tard

Objet : Questions en suspens

Chère madame Rothner, excusez-moi de me manifester si tard, ma vie est un peu agitée en ce moment. Vous vouliez savoir pourquoi j'ai supposé, à tort, que vous n'aviez eu besoin que de vingt secondes pour votre exposé sur la maladie du "Ei". Eh bien, si je puis me permettre cet avis, vos mails donnent l'impression d'être "jetés sur l'écran". J'aurais juré que vous étiez de celles qui parlent vite et qui écrivent vite, le genre de femme qui déborde d'énergie, à qui l'écoulement des jours paraît toujours trop lent. Quand je lis vos mails, je n'y trouve aucune pause. Leur ton et leur rythme me semblent bouillonnants, précipités, énergiques, vifs, un peu énervés même. Ce n'est pas le style de quelqu'un qui fait de l'hypotension. J'ai l'impression que toutes vos pensées spontanées se bousculent dans le texte. Cela montre que vous n'avez pas peur du langage, que vous maniez les mots de manière habile et très précise. Mais puisque vous m'expliquez qu'il vous a fallu plus de trois minutes pour écrire votre mail sur le "Ei", c'est donc que je me suis fait de vous une idée fausse.

Vous m'avez malheureusement posé une question sur mon humour. C'est un triste sujet. Pour être drôle, il faut au moins se trouver à soi-même un peu d'esprit. Je vais être honnête : en ce moment, je ne m'en trouve aucun, je me sens tout à fait inutile. Quand je pense aux jours et aux semaines qui viennent de s'écouler, toute envie de rire m'abandonne. Mais il s'agit là de mon histoire personnelle, qui n'a rien à faire ici. Merci pour votre style si rafraîchissant. C'était très agréable de parler avec vous. Je pense que toutes nos questions ont trouvé leurs réponses, tant bien que mal. Si par hasard vous vous égariez encore une fois sur mon adresse, j'en serais ravi. Juste une faveur : résiliez votre abonnement à Like, cela devient un peu agaçant. Ou alors, voulez-vous que je le fasse ? Bises, Leo Leike.

40 minutes plus tard

RE :

Cher monsieur Leike, je tiens à vous faire un aveu : je n'ai pas eu besoin de plus de vingt secondes pour mon mail sur le "E" avant le "I". Seulement, j'ai trouvé agaçant que vous me preniez pour quelqu'un qui écrit des mails en quatrième vitesse. Vous aviez vu juste, mais je ne pouvais quand même pas vous l'avouer à l'avance. Donc : même si vous n'avez (en ce moment) aucun sens de l'humour, il est évident que vous vous y connaissez bien en mails. Vous avez vu clair en moi tout de suite, cela m'a beaucoup impressionnée ! Etes-vous professeur de lettres ? Cordialement, Emmi "qui déborde d'énergie" Rothner.

18 jours plus tard

Objet : Bonjour

Bonjour monsieur Leike, je voulais juste vous dire que les gens de Like ne m'envoient plus leur magazine. Seriez-vous intervenu ? Quoi qu'il en soit, vous pourriez vous manifester. Par exemple, je ne sais toujours pas si vous êtes professeur. En tout cas, Google ne vous connaît pas, ou alors il vous cache bien. Et votre humour, va-t-il un peu mieux ? Après tout, c'est le carnaval, la concurrence est à peu près nulle. Bises, Emmi Rothner.

Deux heures plus tard

RÉP :

Chère madame Rothner, c'est gentil de m'écrire. Vous m'avez manqué. J'étais à deux doigts de me payer un abonnement à Like. (Attention, ébauche d'humour !) Et vous avez vraiment fait une recherche "Google" sur moi ? Je trouve cela très flatteur. Pour être honnête, l'idée que vous me prenez pour un professeur me plaît beaucoup moins. Vous pensez que je suis un vieux croûton, je me trompe ? Rigide, pédant, suffisant. Bon, je ne vais pas m'évertuer à vous démontrer le contraire, sinon cela risquerait de devenir pénible. Je suppose que j'écris en ce moment comme quelqu'un de plus âgé que moi. Et je vous soupçonne d'écrire comme quelqu'un de plus jeune que vous. En fait, je suis conseiller en communication et assistant en psychologie du langage à l'université. Nous travaillons en ce moment à une étude sur l'influence des mails sur notre attitude langagière et surtout - voilà la partie encore plus intéressante - sur le mail comme vecteur d'émotions. J'ai donc un peu tendance à parler boutique, mais j'essaierai à l'avenir de m'abstenir, je vous le promets. Allez, je vous souhaite de survivre aux festivités du carnaval ! Telle que je vous imagine, vous vous êtes sûrement acheté tout un stock de faux nez et de langues de belle-mère. : -)

Je vous embrasse, Leo Leike.

22 minutes plus tard

RE :

Cher monsieur le psychologue du langage, je vais vous mettre un peu à l'épreuve : selon vous, laquelle de vos phrases, dans le mail que je viens de recevoir, m'a paru la plus intéressante, si intéressante qu'il faut que je vous pose tout de suite une question (mais n'est-il pas normal que je vous teste avant) ? Et encore un conseil utile, en ce qui concerne votre humour : j'ai trouvé que votre phrase "J'étais à deux doigts de me payer un abonnement à Like" était un bon début ! En ajoutant ("attention, ébauche d'humour !)", vous avez malheureusement tout gâché : oubliez ce type de remarques ! J'ai aussi trouvé drôle l'idée des faux nez et des langues de belle-mère. De toute évidence, nous avons le même non-humour. Mais faites-moi confiance pour reconnaître l'ironie et renoncez aux smileys ! Je vous embrasse, c'est très agréable de bavarder avec vous. Emmi Rothner.

Dix minutes plus tard

RÉP :

Chère Emmi Rothner, merci pour vos conseils en matière d'humour ! Vous finirez par faire de moi un homme désopilant. Je vous remercie encore plus pour le test ! Il me donne l'occasion de vous montrer que je ne suis pas (pour l'instant) l'archétype du "vieux professeur tyrannique". Si je l'étais, j'aurais supposé que la phrase que vous trouvez la plus intéressante est : "Nous travaillons en ce moment à une étude [...] sur le mail comme vecteur d'émotions." Mais, j'en suis sûr, c'est celle-ci qui vous intéresse le plus : "Et je vous soupçonne d'écrire comme quelqu'un de plus jeune que vous." De cette phrase découlent pour vous deux questions pressantes : comment croit-il savoir cela ? Et, autre question : Quel âge me donne-t-il, au juste ? Je me trompe ?

Huit minutes plus tard

RE :

Leo Leike, vous êtes diabolique !!! Bien, et maintenant vous avez intérêt à trouver de bons arguments pour m'expliquer pourquoi je devrais être plus vieille que ma manière d'écrire ne le laisse penser. Ou, pour être plus précise : j'écris comme quelqu'un de quel âge ? J'ai quel âge ? Pourquoi ? Quand vous aurez résolu ces énigmes, révélez-moi quelle pointure je fais. Je vous embrasse, Emmi. Je m'amuse beaucoup avec vous.

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S
A toi l'AmoureuzeBonjour, merci d'être là, de me lire et m'écrire. Le titre de ce livre m'a interpellée parce que l'homme dont je parle si souvent ici, vivait dans le Nord Ouest ... ;) Et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu'il s'agissait d'une histoire d'amour virtuelle, telle que moi aussi, comme toi, je l'ai vécue (nous nous sommes connus sur un forum ...). Un peu de cette même façon, d'abord à se découvrir mutuellement par des échanges assidus de mails .... je me suis totalement retrouvée dans ce livre, même si la fin reste ma foi ... aussi dramatique d'une certaine façon ! (mais il parait qu'il y a une suite à ce roman .... ;) Quel beau métier tu fais, j'aurais rêvé être bibliothécaire. A très bientôt, bisous à toi
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L
Tu saisj'avais rencontré mon amie par le biais d'Internet, par mon blog, après quelques échanges de commentaires puis de mails et quand on s'est vues coup de foudre, alors forcément j'avais envie de lire ce livre dès que je l'ai eu entre les mains, je suis bibliothécaire :) Bonne nuit, je t'embrasse.
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