Cet homme là doit avoir 45 ans, pas plus.
Grand, effilé, le regard qui ne laisse rien au hasard. Je perçois de l'intelligence dans ses yeux, une intelligence teintée de perversité. Un sourire en coin, le pas léger, propre sur lui. Je n'aime pas la courbe que prennent ses sourcils, trop relevés pour lui donner un air bon. Parois je me dis qu'il ressemble à un Diable.
Tout à l'heure, il s'est arrêté devant la porte de mon bureau, sans but apparent. La tête inclinée, il scrutait le sol comme s'il y lisait quelque chose. Il a posé sa main sur sa tête, dans un geste de totale concentration. Je suis restée perplexe derrière mon bureau, je me sentais toute petite. Si j'avais pu par la force de l'esprit, fermer sur lui cette porte qui pouvait être ma seule protection ...
Derrière cette apparence si calme, si silencieuse, je sentais comme un feu s'embraser dans son esprit, et le mien s'étourdir, et paniquer légèrement. Qu'allait-il faire, qu'allait-il dire cette fois encore, qui puisse m'humilier une fois de plus ? Solennel instant de solitude.
Puis il a tourné les talons. Silencieux, le pas léger.
Et c'est ainsi tout le temps.
Parfois il ose franchir ma porte, s'assoir face à moi. Il soupire, ne dit rien. C'est peut-être pire. Je lis dans ses yeux le mépris, teinté d'une évidente exaspération de ma personne, et la certitude que je suis bête. Il m'a fallu du temps pour comprendre que cet homme, mon Supérieur hiérarchique, n'avait aucune indifférence à mon égard. Plus encore, il a trouvé de l'amusement, de la distraction, et de la vanité, à me rabaisser. Si je n'étais plus là, que deviendrait-il ?